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Anquetil, Florence. Physiopathologie de la polyarthrite rhumatoïde : effet inflammatoire des auto-anticorps anti-protéines citrullinées et du facteur rhumatoïde

Anquetil, Florence (2014). Physiopathologie de la polyarthrite rhumatoïde : effet inflammatoire des auto-anticorps anti-protéines citrullinées et du facteur rhumatoïde.

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Résumé en francais

La polyarthrite rhumatoïde (PR) est une maladie auto-immune qui touche 0,5 à 1% de la population adulte mondiale. Bien que des facteurs génétiques et environnementaux de susceptibilité soient identifiés, son étiologie reste inconnue. Sur le plan clinique, elle se caractérise par une inflammation chronique des articulations synoviales menant à une destruction ostéo-cartilagineuse. Sur le plan biologique, elle est marquée par la présence d'auto-anticorps chez la majorité des patients. Parmi ceux-ci, les auto-anticorps anti-protéines citrullinées (ACPA) et le facteur rhumatoïde (FR) sont détectés chez environ 80% des patients et associés aux formes les plus actives et les plus sévères de la maladie. Outre leur intérêt diagnostique et, à un moindre degré, pronostique, les ACPA et le FR sont synthétisés dans le tissu synovial où leurs cibles respectives, la fibrine citrullinée principalement et les IgG (fragments Fc), sont également abondantes. Au sein des articulations, ces auto-anticorps sont donc susceptibles de former des complexes immuns avec leurs antigènes-cibles articulaires, d'activer des voies effectrices mettant en jeu des récepteurs aux fragments Fc des immunoglobulines (FcR) et/ou l'activation du complément, et de participer ainsi à la promotion de l'inflammation articulaire. Notre laboratoire s'est précédemment intéressé au rôle des ACPA dans l'inflammation du tissu synovial rhumatoïde. Un modèle cellulaire entièrement humain a été développé dans le but de mimer l'interaction entre macrophages et complexes immuns issus de la fixation d'ACPA à la fibrine citrullinée, présente sous forme de dépôts dans le tissu synovial rhumatoïde. Ce modèle utilise des macrophages différenciés à partir de monocytes d'individus sains stimulés par des complexes immuns reconstitués par immunocapture sélective d'IgG ACPA de patients atteints de PR par du fibrinogène citrulliné immobilisé (CI-ACPA). Il a permis d'établir la capacité de ces complexes immuns à induire une sécrétion macrophagique de TNF-α via la fixation à des récepteurs aux fragments Fc des IgG (FcγR) activateurs, parmi lesquels le récepteur FcγRIIa joue un rôle prépondérant. Le TNF-α étant une cytokine-clé de la synovite rhumatoïde, ces résultats ont renforcé l'hypothèse selon laquelle les ACPA seraient un inducteur majeur de sa sécrétion. Nous avons poursuivi l'étude de l'implication des auto-anticorps dans la physiopathologie de la PR, en étudiant l'influence du FR sur l'effet pro inflammatoire des ACPA dans le même modèle in vitro. Nous avons tout d'abord évalué l'influence de deux FR de classe IgM (FR IgM) monoclonaux purifiés à partir de sérums de patients atteints de cryoglobulinémie de type II. Nous avons observé que l'incorporation de chacun de ces FR aux CI-ACPA amplifiait fortement la sécrétion macrophagique de TNF-α. Plus globalement, ceci s'accompagnait d'un déséquilibre de la réponse cytokinique des macrophages en faveur de l'inflammation : la sécrétion d'autres cytokines pro-inflammatoires telles que l'IL-1β, l'IL-6 ou l'IL-8 et le rapport de sécrétion TNF α:IL-10 étaient augmentés, alors que le rapport IL1-Ra:IL-1β était diminué. En outre, le mélange de cytokines sécrétées par les macrophages a induit une sécrétion accrue d'IL-6 par des fibroblastes synoviaux provenant de patients atteints de PR. De plus, nous avons confirmé que les CI-ACPA n'induisaient pas la sécrétion de TNF α par les monocytes circulants dont étaient dérivés les macrophages et nous avons montré que l'incorporation de FR IgM dans les complexes immuns ne permettait pas non plus de l'induire. Par ailleurs, nous avons établi qu'à lui seul, le FR IgM ne provoquait pas de sécrétion de TNF α par les macrophages. L'amplification de la réponse cytokinique aux CI-ACPA qu'induit le FR IgM provient très probablement d'une augmentation de la signalisation activatrice en aval de FcγR, puisqu'elle est dépendante du recrutement d'un nombre accru d'IgG dans les complexes immuns, captées par l'IgM multivalente. Enfin, nous avons observé l'activation de la cascade du complément par les CI-ACPA, et la majoration de ce phénomène en présence de FR IgM. Dans un deuxième temps, nous avons étudié l'influence de « l'authentique » FR IgM, c'est-à-dire celui présent chez les patients atteints de PR, et posé la question de l'influence du FR de classe IgA (FR IgA) de la même provenance. Nous avons purifié ces deux classes de FR par différentes étapes de chromatographie d'affinité, à partir de plusieurs mélanges de sérums de patients atteints de PR. Avec chacune des deux classes de FR, nous avons montré que leur incorporation aux CI-ACPA induisait systématiquement l'amplification de la réponse TNF-α macrophagique et que la réponse cytokinique était globalement déséquilibrée en faveur de l'inflammation. Poursuivant l'étude des mécanismes de l'amplification de la réponse cytokinique par le FR IgM, nous avons définitivement écarté l'hypothèse d'une signalisation en aval d’un récepteur aux IgM. En effet, aucun des récepteurs aux IgM leucocytaires déjà décrits, c'est à dire ni le récepteur FcµR, ni le récepteur Fcα/µR, n'était exprimé à la surface des macrophages de notre modèle. En outre, la stimulation des macrophages par des IgM ou leur portion Fc ni n'a induit la sécrétion de TNF-α, ni n'a modulé celle induite par des complexes immuns contenant des IgG. Par contre, nous avons confirmé que le récepteur FcαRI aux IgA était exprimé à la surface des macrophages et, par blocage sélectif de la fixation des FR IgA à ce récepteur, nous avons montré sa participation dans l'activation des macrophages par les CI-ACPA ayant incorporé le FR IgA. Enfin, nous avons observé que l'amplification de la réponse TNF-α par les FR IgM et IgA augmentait drastiquement en présence de LPS. Ceci montre une possible coopération des voies des FcR et du TLR4 dans la synovite, en cas de présence simultanée de complexes immuns et de ligands de TLR4. Une telle coopération est probable puisque divers ligands endogènes potentiels de TLR4 ont été décrits au sein du tissu synovial rhumatoïde. Au total, FR IgM et FR IgA apparaissent comme des amplificateurs majeurs de la réaction inflammatoire induite par les ACPA au sein du tissu synovial rhumatoïde. Nous avons précisé leur mode d'action qui correspond à l'interaction des CI-ACPA avec les macrophages via leurs FcR mais aussi, très probablement, au moins pour le FR IgM, via les récepteurs du complément. Ces résultats apportent un éclairage inédit sur le rôle, suspecté mais jamais démontré du FR IgM mais aussi du FR IgA, dans la physiopathogénie de la PR. La pertinence de stratégies thérapeutiques qui viseraient à contrecarrer l'activation des mécanismes effecteurs pro-inflammatoires induits par les CI contenant ACPA et FR, ou à inhiber la production de ces auto-anticorps, est ainsi fortement renforcée.

Sous la direction du :
Directeur de thèse
Serre, Guy
Ecole doctorale:Biologie, santé, biotechnologies (BSB)
laboratoire/Unité de recherche :Unité de Différenciation Epidermique et Auto-immunité Rhumatoïde (UDEAR), UMR 5165
Mots-clés libres :Polyarthrite rhumatoïde - Auto-anticorps anti-protéines citrullinées - Facteur rhumatoïde - Synovite - Macrophages
Sujets :Sciences du vivant
Déposé le :14 Jan 2016 11:23