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Soumah, Fodé Salifou. Les forêts sacrées de Guinée : intégration de l'écologie pour la conservation d'un patrimoine national

Soumah, Fodé Salifou (2018). Les forêts sacrées de Guinée : intégration de l'écologie pour la conservation d'un patrimoine national.

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Résumé en francais

Il est clairement établi que les forêts à caractère sacré ne sont pas que des créations socioculturelles émanant de sociétés traditionnelles comme cadre privilégié d'accomplissement de diverses cérémonies rituelles, mais représentent aussi des formes locales de conservation de la biodiversité. C'est ce dernier rôle qui attire toute l'attention des institutions internationales, des états et des scientifiques. Bien que de telles forêts aient été largement étudiées en Asie et dans d'autres parties de l'Afrique, notre compréhension des forêts sacrées de la Guinée reste pauvre. En effet, ces forêts sont placées, en raison de leur statut sacré, sous l'entière responsabilité des communautés locales et non l'état. Dans ce travail de thèse, quatre cas représentatifs ont été retenus en Haute Guinée, dans les localités proches de Kankan. C'est l'une des régions dont les écosystèmes sont les plus anthropisés par l'agriculture et les activités minières. Les villages de Diankana, Tintioulenkoro et Dossori font partie des rares où des forêts à caractère sacré sont encore maintenues. L'objectif de cette thèse est de diagnostiquer les valeurs socioculturelles et écologiques de ces forêts, dans un contexte local fort d'anthropisation, en vue de leur documentation et de l'élaboration des stratégies d'une gestion durable. Plusieurs approches méthodologiques ont été utilisées : enquêtes sociologiques et ethnobiologiques, inventaires écologiques et botaniques. L'étude révèle un mode de gestion des forêts sacrées qui connaît une évolution chez les Malinkés, reposant à la fois sur des ''codes mythiques'' et des lois définies par la législation traditionnelle. La rigueur dans la gestion et le rôle des forêts pour les populations sont des atouts. Toutefois, les mutations sociales relativement récentes, l'agriculture et l'urbanisation fragilisent le système et pénalisent la conservation. L'analyse diachronique démontre qu'au cours de ces trois dernières décennies, le couvert forestier de l'ensemble des sites sacrés étudiés a connu un recul moyen d'environ 40 % de leur superficie initiale par l'agriculture et l'urbanisation. Les résultats ont aussi permis d'identifier douze groupements végétaux dont cinq forestiers et sept caractérisant les végétations environnantes (agrosystèmes et endroits habités). L'étude révèle la dominance des espèces afro-tropicales, guinéo-congolaises et soudaniennes. La forte proportion de ces dernières témoigne de l'influence majeure de l'ensemble de la zone soudano-guinéenne. La géomorphologie, la texture, l'humidité du sol, le microclimat et l'anthropisation sont les plus significatifs dans la distribution locale des végétaux. L'analyse des peuplements ligneux révèle une structure hétérogène décroissante indiquant une bonne régénération naturelle. La plus forte densité des arbres est observée dans la forêt de terre ferme de Dossori (325 ± 153,3 tiges/ha) et la plus forte surface terrière, dans la forêt galerie de Tintioulenkoro (53,9 ± 32,5 m2/ha). Le diamètre moyen varie d'une forêt à l'autre entre 21,48 ± 10,12 et 48,58 ± 30,21 cm. Parmi les espèces à grande valeur écologique, figurent : Carapa procera, Cola cordifolia, Erythrophleum suaveolens, Isoberlinia doka, Anthonotha crassifolia et Garcinia ovalifolia. L'âge des peuplements révèle que les îlots de Tintioulenkoro sont plus matures (67 et 57 ans) que ceux de Diankana et de Dossori (39 et 33 ans). La richesse floristique totale des forêts sacrées étudiées est de 242 espèces, 187 genres et 64 familles. Le rôle conservateur de ces forêts est aussi vérifié par la présence de 16 espèces menacées, 30 espèces inconnues auparavant dans cette partie de la Guinée et 4 espèces non signalées dans le pays d'après la Flore de la Guinée. Ces forêts sacrées sont parmi les plus riches d'Afrique.

Sous la direction du :
Directeur de thèse
Kaniewski, David
Kokou, Kouami
Ecole doctorale:Sciences de l'Univers, de l'environnement et de l'espace (SDU2E)
laboratoire/Unité de recherche :Laboratoire écologie fonctionnelle et environnement (EcoLab), UMR 5245
Mots-clés libres :Forêt sacrée - Conservation - Facteurs écologiques - Biodiversité - Haute Guinée
Sujets :Sciences de l'environnement
Déposé le :19 Apr 2019 14:51