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Quéméré, Erwan. Génétique du paysage de populations fragmentées de lémuriens à Madagascar : conservation du propithèque à couronne dorée (Propithecus tattersalli) dans la région de Daraina

Quéméré, Erwan (2009). Génétique du paysage de populations fragmentées de lémuriens à Madagascar : conservation du propithèque à couronne dorée (Propithecus tattersalli) dans la région de Daraina.

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Résumé en francais

Parce que la fragmentation de l'habitat favorise la diminution de la taille des patches de ressources et la réduction de leur connectivité, ce processus est l'une des principales causes d'extinction des espèces en milieu tropical. Dans cette thèse, nous nous sommes intéressés au cas du propithèque à couronne dorée (Propithecus tattersalli), une espèce rare et menacée de lémurien du Nord-Est de Madagascar dont les populations évoluent dans un habitat forestier restreint et fortement fragmenté. Cette espèce sociale, endémique de la région enclavée de Daraina, n'a été découverte qu'il y a une vingtaine d'années (Simons 1988) et peu d'informations sont disponibles sur sa résilience à l'ouverture croissante de son habitat. Afin de fournir des informations pertinentes pour la mise en place de stratégies de conservation pour cette espèce, nous avons 1) étudié sa distribution et mesuré les densités des principales populations et 2) caractérisé sa structure génétique globale grâce au développement de marqueurs microsatellites spécifiques et à l'échantillonnage des fèces de 403 individus appartenant à 118 groupes sociaux répartis sur l'ensemble de l'aire de distribution. Les résultats des analyses démographiques suggèrent une importante variabilité de densité entre les fragments forestiers prospectés (entre 34 et 90 individus/km²) et une abondance totale du propithèque à couronne dorée comprise entre 11.000 et 26.000 individus, avec probablement plus de 18.000 individus. En combinant des analyses spatiales et génétiques, nous avons mis en évidence que la rivière Manankolana est à l'origine de la principale discontinuité génétique et joue probablement le rôle de barrière de flux de gènes pour cette espèce, alors que la route nationale non goudronnée semble peu entraver la dispersion des individus. Nos résultats suggèrent également une forte influence de l'isolement par la distance et une faible influence de la connectivité structurelle de l'habitat forestier sur les patterns de dispersion à l'échelle du paysage, même si l'une des populations au Nord de l'aire de distribution est très différenciée, suggérant un fort effet local de la fragmentation de l'habitat. À l'échelle des patches de ressources, nous avons observé un apparentement important à l'intérieur des groupes sociaux et mis en évidence que l'essentiel des dispersions se font entre groupes voisins, comme le suggèrent les données comportementales (Meyers 1993). Enfin, l'étude de l'histoire démographique de P. tattersalli a permis de mettre en évidence que les populations ont subi un goulot d'étranglement à une période située entre 1500 et 3000 ans BP, à l'origine d'une réduction drastique de la taille efficace de la population (de plusieurs milliers d'individus à quelques centaines d'individus par population). Ainsi, contrairement à ce qui a été observé pour d'autres espèces de lémuriens moins mobiles (Microcebus spp ; Lepilemur edwardsi), P. tattersalli n'a pas subi d'importantes réductions de taille au cours des derniers siècles, et a donc peu souffert de la déforestation anthropique récente. Lorsque nous confrontons nos résultats aux données paléoclimatiques, archéologiques et historiques disponibles pour le Nord de Madagascar, il apparaît que ce goulot d'étranglement pourrait être lié à la fois à l'aridification climatique de l'environnement avant l'arrivée des premiers hommes et aux dégradations anthropiques qui ont marqué le premier millénaire de colonisation par l'Homme. En effet, ces deux facteurs pourraient avoir contribué aux importantes modifications de l'habitat forestier et de la distribution des communautés de primates dans le Nord de Madagascar. Comme attendu pour une espèce non chassée, semi-arboricole et présentant une importante flexibilité de régime alimentaire, nos résultats semblent indiquer que P. tattersalli est relativement résilient au niveau actuel d'hétérogénéité de son habitat. Cependant, nous suggérons un suivi régulier de la viabilité des populations puisque leur habitat est très restreint et promis à d'importantes perturbations anthropiques dans les années à venir, comme le goudronnage de la route principale et l'installation d'une importante compagnie minière.

Sous la direction du :
Directeur de thèse
Crouau-Roy, Brigitte
Chikhi, Lounès
Ecole doctorale:Sciences écologiques, vétérinaires, agronomiques et bioingénieries (SEVAB)
laboratoire/Unité de recherche :Laboratoire Evolution et Diversité Biologique, UMR 5174
Mots-clés libres :Propithecus tattersalli - Lémurien - Madagascar - Conservation - Fragmentation - Génétique du paysage - Microsatellites - Dispersion - Histoire démographique
Sujets :Sciences du vivant
Déposé le :05 Mar 2010 16:32